BCE : pourquoi un départ anticipé de Lagarde ferait les affaires de Macron

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Les spéculations sur la direction de la Banque centrale européenne (BCE) ont repris de plus belle mercredi après un article du Financial Times révélant que sa présidente actuelle, Christine Lagarde, envisage de quitter son poste avant la fin de son mandat en octobre 2027.

La BCE s’est empressée de couper court aux rumeurs qui pourraient conduire les marchés financiers à considérer que sa patronne serait sur le départ. “La présidente Lagarde est totalement concentrée sur sa mission et n’a pris aucune décision concernant la fin de son mandat”, a assuré un porte-parole.

Toutefois, cette déclaration est moins ferme que les démentis précédents et semble laisser entrevoir la possibilité d’un départ anticipé. Une sortie précipitée pourrait permettre à un Emmanuel Macron en fin de mandat de planifier la succession à la tête de l’institution avant l’élection présidentielle française.

La présidence de la BCE est l’un des postes les plus influents d’Europe, commandant une puissance de feu financière sans pareille. C’est pourquoi les gouvernements nationaux se sont toujours battus avec acharnement pour promouvoir une personne favorable à leurs propres besoins et priorités.

Les négociations sur la succession de Christine Lagarde risquent d’être intenses et seront encore compliquées par la montée des populistes sur le Vieux Continent, rendant plus difficile pour les partis politiques européens traditionnels de garder la main sur le processus de nomination aux postes clés.

Ce problème a été mis en lumière la semaine dernière lorsque le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a annoncé de manière inattendue qu’il quitterait son poste plus d’un an à l’avance. Cette décision a largement été interprétée comme motivée par le désir d’Emmanuel Macron de protéger la banque centrale contre un potentiel exécutif d’extrême droite.

Au point que le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a raillé François Villeroy de Galhau à l’Assemblée nationale mercredi : “Vous transmettrez déjà nos amitiés, nos inquiétudes à Mme Lagarde, qui elle aussi est visiblement victime d’une épidémie de démissions, dont visiblement la cause est Emmanuel Macron, un agent pathogène en effet très problématique.”

Le poste de chef économiste en ligne de mire ?

Heureusement pour le chef de l’Etat, les conventions régissant la nomination des membres du directoire de la BCE, qui sont au nombre de six, peuvent jouer en sa faveur.

Deux facteurs en particulier indiquent qu’il a la possibilité d’installer un allié pour un mandat de huit ans à Francfort avant de quitter son poste au printemps 2027.

Le premier est que la France, en tant que deuxième économie de la zone euro, a toujours eu un droit tacite à l’un des six sièges du directoire, aux côtés de l’Allemagne et de l’Italie.

La seconde est que, depuis sa création il y a 28 ans, le directoire n’a jamais compté plus d’une personne ayant la même nationalité pendant plus de deux mois.

Etant donné que la France ne peut raisonnablement espérer obtenir la présidence pour huit années supplémentaires, de nombreux analystes s’attendent à ce qu’elle revendique l’influent poste de chef économiste lorsque le mandat de l’Irlandais Philip Lane s’achèvera en mai 2027.

Cela nécessitera une décision des gouvernements au moins deux mois à l’avance. Et si un candidat français est nommé à ce poste, il faudra logiquement prendre des dispositions transitoires pour que Lagarde se retire rapidement.

“Il semble encore plus probable que les successions de Lane, Lagarde et [l’Allemande Isabel] Schnabel se feront dans le cadre d’un accord global”, a posté sur les réseaux sociaux Carsten Brzeski, responsable mondial de la recherche macroéconomique d’ING. Il a noté que l’accord devrait probablement prendre en compte les demandes françaises, allemandes et espagnoles de représentation au directoire.

Il ne serait pas totalement surprenant que Christine Lagarde n’aille pas jusqu’au bout de son mandat.

Réticente à l’idée d’être embauchée à Francfort, elle a pris soin de souligner, lors d’une récente interview télévisée, qu’elle ne souhaitait rester que cinq ans à la tête de l’institution.

L’année dernière, le fondateur du Forum économique mondial, Klaus Schwab, avait affirmé avoir discuté à plusieurs reprises avec Christine Lagarde pour qu’elle lui succède, contraignant cette dernière à répondre : “J’ai toujours été pleinement déterminée à mener à bien ma mission et je suis déterminée à terminer mon mandat.”

Giorgio Leali a contribué à cet article, qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

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